Renforcer le tissu de PME en France, c’est aussi les accompagner
Entretien avec Guillaume Mortelier, Directeur exécutif en charge de l’Accompagnement chez Bpifrance

 


Ouvrir la porte du Conseil aux PME, développer la formation de leurs patrons (35 000 entreprises sont passées par les modules de formation Bpifrance), organiser un réseau de (5 000) chefs d’entreprises accompagnés par Bpifrance, créer un MBA (l’Accélérateur) pour des patrons de PME… c’est aussi ce qu’apporte la Banque publique pour renforcer, au-delà du financement, les capacités du tissu de PME en France.


Vous dirigez l’Accompagnement au sein de Bpifrance.
Pouvez-vous nous préciser les missions de Bpifrance ? Et les objectifs, les grands axes et les modalités d’action de l’Accompagnement
au sein de Bpifrance en fonction de vos cibles (start-up, PME, ETI) ?
Bpifrance a 8 ans et est né de la réunion de :
– Oséo (qui réalisait des prêts aux PME),
– Du Fonds Stratégique Investissement (créé en 2010 pour développer l’investissement privé dans les PME)
– Caisse des Dépôts entreprises (investissement dans les fonds d’investissement et, en direct, dans des start- up).
Auquel se sont adjoints :
– Les dispositifs de garantie publique auparavant gérés par la COFACE (aide à l’export) et l’AFE (l’Agence Française Entrepreneur pour
la création d’entreprise) .
La création de Bpifrance a permis l’émergence d’un interlocuteur unique pour les dirigeants d’entreprises répondant à un large
éventail de leurs besoins de financement (de la création comme start-up, au besoin de cash traditionnel, en passant par l’export).
Cela nous permet de rencontrer et échanger fréquemment avec le dirigeant d’entreprise et donc de compléter l’aide financière par un
accompagnement dédié, aussi bien en amont du projet (la création) qu’en aval (la sécurisation).
D’où l’idée très tôt de développer une action d’accompagnement mise en œuvre par une méthodologie spécifique et une Direction dédiée.
Cette action comprend quatre points :
1. Le recours au Conseil
Les dirigeants de PME et de start-up ont de multiples freins pour recourir aux consultants : la difficulté à rédiger un cahier des
charges, mais aussi la crainte du consultant qui coûte avant même d’avoir poussé la porte de l’entreprise. Les grands cabinets de
consulting ne vont d’ailleurs pas vers les PME.
Nous avons donc nous même habilité des consultants possédant deux qualités essentielles : l’expertise et la capacité à interagir avec
des patrons de PME. Le profil est plutôt des consultants de métiers, ayant eux-mêmes eu un parcours dans une entreprise.
Nous avons aussi défini une démarche unique et adaptée aux PME comprenant une intervention de 5 à 10 jours/homme, auprès du chef
d’entreprise et de son Comité de Direction, sur quelques mois. Nous suivons les résultats de ces premiers travaux et étudions avec le
dirigeant les suites qui peuvent en découler. Dans cette phase amont, nous pouvons réaliser notamment une analyse 360° des enjeux de
l’entreprise, ce qui permet de conscientiser le Comité de Direction. Suite à ce premier travail, il peut rester 20 % de questions non
résolues ou posant problème au sein du Comité de Direction. Nous pouvons proposer des suites et des consultants. Les dirigeants
peuvent aussi sélectionner des modules de conseils sur des besoins plus précis comme la gouvernance, la gestion de la trésorerie,
l’industrie du futur ou encore la performance commerciale. Sur des questions très techniques, nous orientons vers des dispositifs
existants, opérés par les régions par exemple.
2. La formation
Le renforcement de la formation des patrons est notre deuxième offre. La question est que les dirigeants ne peuvent pratiquement pas
s’absenter. Il est significatif qu’aucun MBA n’accueille de dirigeants de PME. Nous avons donc travaillé avec des écoles de commerce
et d’ingénieur pour construire avec elles un parcours dédié aux chefs d’entreprise, composé de modules de deux jours avec des
intervenants choisis avec ces écoles. Ils sont regroupés avec d’autres dirigeants et travaillent sur des cas, des projets de business
précis, en mixant présentiel et digital. On a ainsi tous les jours de tels modules (253 en 2019), une vraie école Bpifrance, avec
environ 35 000 dirigeants formés en quelques années si l’on inclut le digital.
Nous avons par ailleurs cherché à rapprocher les patrons et les étudiants : l’une des principales difficultés des dirigeants, est le
recrutement et cette mixité leur permet de trouver plus facilement des candidats. Nous cherchons aussi à pousser les écoles à créer de
tels parcours pour les patrons.

La communauté Les Excellence regroupe les 5 000 plus belles entreprises accompagnées par Bpifrance.

3. Le Réseau Excellence ou comment briser la solitude des chefs d’entreprise.
L’une des difficultés de diriger une entreprise est que l’on est très seul, le nez dans le guidon, sans réseau et ni capacité à s’en
créer un. Nous créons donc des opportunités de rassembler des chefs d’entreprises et de les faire échanger entre eux au travers
d’événements premium de networking et de mises en relation business, notamment via la communauté « Les Excellence » qui regroupe les 5
000 plus belles entreprises accompagnées par Bpifrance.
4. L’accélérateur ou MBA
Nous avons créé avec quelques écoles un MBA au format spécifique : L’Accélérateur. Dédié aux dirigeants, il s’appuie sur les trois
piliers de l’accompagnement : conseil, formation, mise en relation. Ce programme regroupe une trentaine de dirigeants et peut durer
12, 18 ou 24 mois selon l’Accélérateur. On y travaille des questions de stratégie, de business model, de gouvernance, mais également
des enjeux clés du monde de demain (comment faire face à la disparition du plastique et à son recyclage… par exemple) et des sujets
spécifiques à certains secteurs, notamment dans le cadre des Accélérateurs sectoriels. L’un des buts des Accélérateurs est de
permettre au chef d’entreprise de sortir la tête de l’eau et d’inscrire son entreprise dans une trajectoire de croissance pérenne.

Comment abordez-vous les questions des risques collectifs (le changement climatique, la transition écologique…) ?
On va directement à l’impact de ces questions sur l’entreprise (le produit sera-t-il durable dans la transition ? Les règlementations
ou les évolutions du marché liées à la transition ne vont-elles pas induire d’autres besoins ? Qui sont les clients des grands
groupes ? Ne vont-ils pas les déréférencer du fait de ces changements ? … ).

Concernant la modernisation technologique, on ne part jamais de la technologie pour la technologie, mais de ce dont l’entreprise a
besoin. Il se peut par exemple que le client ait besoin d’un produit ayant une apparence de sur mesure. C’est donc sur le design du
produit qu’il faut travailler, et après on pourra réfléchir pour introduire de la robotique et développer de nouvelles technologies,
pour répondre aux attentes clients.

Le territoire est un proxy, au sens anglais du terme, pour corriger la solitude du chef d’entreprise… une sorte d’amplificateur
des capacités à se solidariser.

Concernant l’empreinte Carbone, il faut faire comprendre à quoi cela sert de la réduire, c’est cela qui sera le moteur du mouvement.
Nous notons enfin que la meilleure pédagogie sera faite par les pairs. D’où l’importance des accélérateurs, des réunions de chefs
d’entreprise, pour faciliter ces échanges.

Quels sont ses liens avec le Plan Climat de Bpifrance ?
Le Plan Climat de Bpifrance correspond à près du quart du financement global de la Banque. On distingue trois blocs d’actions :
– Mettre « en transition » l’économie généraliste
– Susciter des offres permettant une mise en transition et développer des start-up (et donc de la technique) pour faciliter les
transitions.
– Développer les énergies renouvelables.
Et il convient de les faire avancer ensemble (comme une marche en crabe). L’Accompagnement va intervenir sur les deux premiers blocs :
On met l’accent dans les Accélérateurs sur la croissance pérenne et on va donc mettre l’accent sur les bénéfices des actions liées aux
transitions. Dans nos accélérateurs sectoriels par exemple, on fait travailler les chefs d’entreprises collectivement sur le futur de
leur secteur, qui passe souvent par des transitions. Certains de ces secteurs sont d’ailleurs eux-mêmes très impactés par la
transition écologique, comme l’automobile ou la construction.
On crée également avec l’ADEME des accélérateurs spécifiques de transition comme l’Accélérateur Transition énergétique (réunissant des
énergéticiens, des ingénieristes, des offreurs de solution d’Energie non renouvelable), ou l’Accélérateur décarbonation que nous
lançons en 2021.
Nous nous sommes également associés avec l’ADEME pour reprendre le dispositif « TPE et PME gagnantes sur tous les coûts » qui est
devenu en 2020 le Diag Eco-Flux. Son objectif est simple : permettre aux entreprises de réaliser rapidement des économies et réduire
leur impact environnemental grâce à des actions simples sur les flux d’énergie, de matière, d’eau et de déchets.

Renforcer les entreprises c’est aussi développer leur ancrage territorial. Comment articuler développement du territoire et
développement des entreprises ?
Le territoire est un proxy, au sens anglais du terme, pour corriger la solitude du chef d’entreprise : il permet de faire jouer à
plein les notions de solidarité.
Nous avons constaté que, au bout de quelques sessions d’accélérateurs territoriaux, les chefs d’entreprises s’invitent les uns chez
les autres, dans leurs usines. Cela donne naissance à des opportunités business où le qualitatif (les occasions de rencontres) donne
naissance à du quantitatif (des euros). Le territoire est une sorte d’amplificateur des capacités à se solidariser.
Nous avons aussi pour mission de « désîloter » le monde industriel : nous avons créé des occasions de rencontres d’industriels avec
des créateurs de tous types au niveau local. Le territorial est un excellent vecteur de rencontres. Ce n’est pas un hasard si l’on
trouve des cluster locaux (le plus célèbre étant la Silicon Valley, mais il y en a aussi en France). Le vecteur de filière est aussi
un excellent moyen de rencontre.
L’Agglomération ou la Métropole sont de bonnes mailles pour embarquer l’écosystème local. Nous avons le projet d’insérer dans les
accélérateurs des patrons d’Université, avec en tête l’idée de rapprocher ainsi les futurs employeurs des étudiants et des organismes
en charge de leur formation.

Les enjeux sont aussi d’encourager les jeunes à aller dans les PME… C’est l’objectif du Volontariat Territorial en Entreprise
(VTE) lancé avec l’État en 2019.

Des rencontres sur le modèle de celles créées par la French Tech, permettent de créer une conscience collective de communauté
renforçant la capacité à chasser en meute ; de rendre plus visibles les entreprises ; de mettre en valeur la maille locale en créant
de la fierté à appartenir au territoire.
Les enjeux sont aussi d’encourager les jeunes à aller dans les PME où ils apprendront et muriront rapidement. C’est l’objectif du
Volontariat Territorial en Entreprise (VTE) que nous avons lancé avec l’État en 2019.

Propos recueillis par Didier Raciné, rédacteur en chef d’Alters Média


Image : © Copyright Alice Dardun

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