Changer de paradigme pour garder le futur vivable pour tous !
Entretien avec Pierre Hurmic, Maire de Bordeaux

 

Que doit-on privilégier pour rendre attractive une grande ville comme Bordeaux ? Comment concilier attractivité pour les habitants, pour les entreprises, un urbanisme résilient et sobre, la qualité de la vie, la reconquête de son environnement et la participation citoyenne ? C’est le changement de paradigme que présente son nouveau Maire.

 

Grande métropole française, la ville de Bordeaux s’est beaucoup développée au fil des années. Pouvez-vous nous parler de la politique de la ville, et des modèles urbains que vous mettez en place ?Comme les autres métropoles, Bordeaux bénéficie d’une forte attractivité et s’est effectivement développée très vite, lors des dernières décennies, avec des politiques d’aménagement du territoire qui n’ont peut-être pas été à la hauteur des enjeux que cela soulève. On constate notamment un manque de sobriété, presque un esprit de gaspillage dans ce développement qui se fait au détriment des espaces de nature dans et autour de la ville. Il est évident que la lutte contre le dérèglement climatique et pour la convivialité de la vie quotidienne passe par la préservation de ces zones de biodiversité, la végétalisation : ce sont pour nous des priorités sur lesquelles nous travaillons dans le cadre du plan Bordeaux Grandeur Nature. Nous souhaitons mettre en place ce que nous appelons un urbanisme résilient, c’est-à-dire plus frugal, plus sobre, et qui tendrait vers un arrêt de l’artificialisation des sols. Il ne s’agit pas d’arrêter de construire car nous avons bien évidemment des besoins en termes d’équipement, notamment en logement sociaux. Il faut plutôt « construire la ville sur la ville », c’est-à-dire sur des espaces déjà artificialisés. Dans cette volonté d’installer un modèle urbain et une production immobilière plus respectueux, plus décarbonés, nous avons créé le label Bâtiment Frugal Bordelais en concertation avec les professionnels du bâtiment, qui repose sur l’utilisation de matériaux bio sourcés et le respect d’une proportion importante d’espaces verts. Nous engageons également une modification de notre PLU (plan local d’urbanisme) en interrogeant les Bordelais et en les incitant à participer à sa conception.

La réponse aux aspirations démocratiques de la population est une question prioritaire de votre mandat, et une part très importante de votre budget. Quelles mesures sont mises en place pour répondre à ces aspirations ?
Nous lançons à partir du mois de mai les Assises de la démocratie permanente, en complémentarité et en continuité de la démocratie représentative : il s’agit d’un grand plan de concertation citoyenne, dans le but d’inventer de nouveaux outils de participation et de nouvelles politiques de la ville en adéquation avec leur besoin. Nous avons entamé ce processus avec le forum de la culture : on invite vraiment les citoyens bordelais à construire leur propre démocratie locale, autour de tous les aspects de la vie, notamment la culture, qui peut être un facteur d’émancipation. Ce forum est l’occasion de concertations entre les professionnels de la culture et la population, afin de permettre à chacun de s’exprimer, et de créer des politiques culturelles plus inclusives.

Un urbanisme résilient, c’est à dire plus frugal, plus sobre, et qui tendrait vers un arrêt de l’artificialisation des sols. Il ne s’agit pas d’arrêter de construire. Il faut plutôt « construire la ville sur la ville ».

L’expérimentation « Territoires zéro chômeurs de longue durée » dans le quartier du Grand Parc est un autre exemple concret de cette dynamique participative et démocratique. Nous mobilisons dans ce cadre les demandeurs d’emploi en leur permettant de s’exprimer sur leur besoin, leur envie, leur volonté, mais également les habitants, les entreprises, les associations, afin de discuter des solutions à mettre en place pour répondre aux besoins du quartiers. Nous souhaitons impliquer toutes les parties prenantes, créer un cercle vertueux entre tous ces acteurs, dans une logique du commun et de la solidarité.

Cette dimension d’inclusion démocratique est-elle selon vous un levier pour la transition écologique ?
Je pense effectivement que cette transition doit absolument s’inscrire dans une volonté participative et de justice sociale. L’engagement que nous avons pris tout au long de notre campagne était constitué autour de ce triptyque : lutte contre le dérèglement climatique, solidarité et participation citoyenne. Notre politique se construit aujourd’hui pour répondre à ces impératifs.

L’engagement de notre campagne était constitué autour de ce triptyque : lutte contre le dérèglement climatique, solidarité et participation citoyenne.

Vous mettez également l’accent sur le soutien d’une économie sociale et solidaire, une économie circulaire, une économie de proximité. Quelles sont vos autres actions au niveau du développement économique de la ville ?
Nous avons en tant qu’élus municipaux un rôle très important d’accompagnement du tissu économique local vers un modèle plus écologique et résilient, notamment par une aide à la structuration des filières émergentes, comme celle du vélo. Il est aussi nécessaire d’encourager la filière, essentielle, de revalorisation des déchets. Nous proposons également du foncier, en dessous du prix du marché qui peut parfois être inabordable, aux acteurs économiques en cohérence avec nos projets de transition. Enfin, nous travaillons sur la commande publique, qui peut être un bon levier de décarbonisation de l’économie.

Pensez-vous que les grandes métropoles comme Bordeaux peuvent-être des moteurs pour les questions écologiques ? Quelles politiques mettez-vous en avant ?
Nous voulons que Bordeaux reste une ville attractive pour les habitants et l’implantation des entreprises. Aujourd’hui, la qualité de la vie, la convivialité du territoire conditionne son attractivité, et ces paramètres sont intimement liés à une gestion efficace des problématiques écologiques. Cela passe notamment par la végétalisation de la ville, sur laquelle on travaille avec le plan Bordeaux Grandeur Nature, et par le rééquilibrage des mobilités en ville. À Bordeaux, les déplacements en voiture représentent 29 % des déplacements, mais les équipements liés à l’automobile (routes, places de stationnement) constituent 70 % de l’espace urbain ! Nous souhaitons laisser plus de place aux autres modes de déplacement, notamment à la marche à pied sur les trajets courts de 2km ou moins, qui représentent 30 % des déplacements en voiture.

Nous voulons que Bordeaux reste une ville attractive pour les habitants et l’implantation des entreprises.

Il est aussi important de souligner que nous disposons maintenant d’un grand réseau d’élus des villes Vertes (Lyon, Grenoble, Poitiers…), qui nous permet de travailler en commun et de mutualiser nos différences expériences avec la volonté de créer et de mettre en place des outils et des solutions pour lutter efficacement contre le dérèglement climatique et la diminution de la biodiversité.

Propos recueillis par Didier Raciné
Rédacteur en chef d’Alters Média

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