Sanofi et les territoires
Entretien avec Jean-Yves Moreau, Directeur du Pôle Affaires publiques Territoriales chez Sanofi France

 

Le secteur des industries de Santé a une importance majeure, faut-il le rappeler en cette période de crise sanitaire mondiale ? Sanofi est un leader en Europe et dans le Monde en matière de santé. Sa stratégie en Recherche & Développement est évoquée, mais c’est sur sa stratégie en matière de relation avec les territoires et sa contribution à leur développement, sa politique d’innovation, de formation et de promotion de la santé que nous l’interrogerons.

 

Vous êtes Directeur du Pôle Affaires publiques Territoriales chez Sanofi France. Pouvez-vous nous préciser la nature de ces activités et responsabilités ? Quelles sont les « politiques territoriales » sur lesquels vous vous impliquez ?
Sanofi est un acteur majeur dans la dynamique des territoires, de par ses implantations : nous comptons trente-deux sites dans dix des treize régions de France. C’est une entreprise très impliquée dans l’économie locale et la vie sociale, fort de ses vingt-cinq mille collaborateurs répartis sur les territoires, par le biais de partenariats variés avec des acteurs économiques, dont neuf mille prestataires, partenaires et PME en France, et des acteurs de la santé, avec qui on développe des produits de santé et des traitement innovants.

Les affaires publiques territoriales assurent l’impulsion et la coordination de ces actions, en lien avec nos sites et équipes sur le terrain. Ce pôle opère une politique territoriale qui aborde des sujets variés comme la santé évidemment, mais aussi l’industrie, la recherche, la formation, l’environnement, sans oublier l’attractivité et le rayonnement des territoires, au travers d’un engagement quotidien avec les acteurs territoriaux.

Une politique territoriale qui aborde des sujets variés comme la santé évidemment, mais aussi l’industrie, la recherche, la formation, l’environnement, sans oublier l’attractivité.

Sanofi, en tant qu’entreprise de santé, s’implique particulièrement dans l’accès aux traitements, et à la prise en charge des patients de façon innovante, dans la dimension structurelle au travers des parcours de soins ou thérapeutique autour des produits de santé. Nous participons donc à la construction du maillage entre acteurs, et nous travaillons avec tout l’écosystème local : les partenaires économiques, les collectivités territoriales et les services déconcentrés de l’État, selon les différents profils et compétences.

Le dialogue permanent entre les acteurs publics et privés est nécessaire pour la réussite d’une approche territoriale de la santé, et c’est ce lien que l’on cherche à construire. Le président de Sanofi France, Olivier Bogillot, est très engagé dans cette dynamique d’échange, d’explication de nos stratégies, de nos enjeux et pour l’adaptation des politiques et des accompagnements gagnant-gagnant.

 

 

Est-ce que Sanofi a une action particulière au sein des établissements d’éducation, notamment à la santé ?
Nous entretenons des liens dans ce domaine au travers de chaires universitaires avec certaines universités ou écoles – l’Université de Bordeaux, l’École Polytechnique, le campus Paris-Saclay, pour travailler dans des perspectives de métiers et de compétences professionnelles.

Je pense également à un projet porté dans le cadre de la filière de bioproduction : la création d’un Campus Biotech Digital avec bioMérieux, Novasep, Sanofi et Servier, un partenariat public-privé pour préparer les formations de demain face à la montée de ce secteur en France. Ces formations seront entièrement digitalisées et intégrées à des cursus de formation initiale ou continue, en partenariat avec des acteurs pédagogiques répartis sur le territoire.

Dans un secteur en profonde mutation, nous avons besoin de compétences particulières, d’expertise dans les bassins d’emploi, et il nous est essentiel de faire vivre et d’enrichir, autour de nos sites, une offre de formation pour pouvoir orienter des étudiants vers les entreprises pharmaceutiques. Dans cet objectif, Sanofi valorise auprès des jeunes les 1 600 propositions d’alternance ouvertes sur nos sites dans toute la France.

 

La notion de territoires d’industrie, dans laquelle les acteurs industriels locaux s’unissent avec les collectivités, représente-t-elle pour vous une opportunité ?
Territoires d’industrie en tant que tel fait partie d’un programme plus général de reconquête industrielle dans laquelle nous nous inscrivons également. Il s’agit de créer une dynamique de valorisation des savoir-faire locaux, de développement de la place de l’industrie dans l’économie et de préparation des métiers de demain dans un secteur en mutation permanente.

À l’exemple de la bioproduction : la France a affiché son ambition à l’horizon 2030 de devenir une nation leader, au niveau européen, aussi bien en innovation scientifique qu’en production industrielle de biomédicaments ou biothérapies. Ce sont plus de dix mille emplois à prévoir dans ces nouveaux métiers, autour de ces nouvelles compétences. Il est aussi nécessaire d’accompagner des start-ups et des biotechs dans leur développement pour qu’elles deviennent des PME, des ETI. Au côté du conseil stratégique des filières, le CSF, et de l’Alliance France Bioproduction, Sanofi s’engage dans ce programme de structuration d’une filière française visant à identifier des technologies de rupture et à soutenir des « pépites », sur les territoires, et à les engager dans la bioproduction. Sanofi possède aujourd’hui la plus grande capacité de bioproduction de l’industrie pharmaceutique française, et poursuit ses investissements au cœur des territoires.

Dans cette mobilisation de la filière, un « French tour » a été organisé, avec des rendez-vous locaux, dans le but d’entraîner les territoires avec les pôles de compétitivité dans cette voie des biothérapies, en présentant les différents dispositifs d’aide locale et nationale. Et en matière de formation, les territoires d’Île-de-France, de Nouvelle-Aquitaine, du Grand-Est, d’Auvergne-Rhône-Alpes et du Centre-Val-de-Loire soient impliqués dans la construction du Campus Biotech Digital dont nous avons parlé auparavant.

En rassemblant les acteurs publics et les entreprises de toute taille, les territoires sont au rendez-vous de la reconquête industrielle de la France.

 

Quel horizon voyez-vous se dégager pour ce secteur des Biotechnologies ?
Les biotechnologies représentent un levier dans l’innovation médicale. Aujourd’hui, beaucoup de médicaments sont issus de la recherche chimique. On voit maintenant les portefeuilles d’innovation de nos équipes de R&D se développer de plus en plus avec des molécules biologiques. Il y aura donc à terme un rééquilibrage dans l’arsenal proposé pour traiter les patients, entre les thérapies issues de la chimie et celles issues des biotechnologies. La France doit donc être en capacité à développer et à produire ces biothérapies innovantes. La France est actuellement dépendante à 95 % sur ces produits. Il s’agit donc de disposer de l’outil, non seulement de développement, mais également de production, pour acquérir notre autonomie quant à ces futurs médicaments et les technologies de rupture qui permettront de développer la médecine « personnalisée » et la prise en charge de patients très ciblés.

Bioproduction : la France a affiché son ambition en innovation scientifique et en production industrielle.

Les vaccins et les thérapies innovantes font partie de notre feuille de route. Sanofi est engagé dans le développement de nos capacités de bioproduction en France, pays dans lequel nous avons investi 1,5 milliard d’euros sur nos sites industriels au cours des 5 dernières années, dont 1 milliard dans les biotechnologies.

 

Le double dynamique de la relance et de la transition écologique vous paraît-il être un moyen d’accompagner les territoires ?
Il est vrai que le virage de la transition écologique ne réussira qu’à condition que les territoires réussissent aussi à le décliner à leur niveau. Évidemment, cette ambition de la transition écologique fait partie de notre feuille de route industrielle et est déjà engagée, notamment au niveau des investissements dans nos outils industriels : il s’agit de moderniser, de renforcer nos outils tout en limitant l’empreinte environnementale de nos activités. Depuis 2015, nous avons réduit de vingt-sept pour cent, donc de près d’un tiers, nos émissions de gaz à effet de serre, et, nous nous sommes donnés comme objectif la neutralité carbone à l’horizon 2050.

Aujourd’hui, beaucoup de médicaments sont issus de la recherche chimique. On voit maintenant les portefeuilles d’innovation se développer de plus en plus avec des molécules biologiques.

La transition écologique peut réellement s’inscrire dans une dynamique de développement économique, par le biais notamment des schémas directeurs que chaque région doit identifier. Un travail concerté avec chaque filière industrielle pourra définir ces leviers efficaces à mettre en place.

 

Parlons de la question de la souveraineté. On pense souvent que l’essentiel des principes actifs sont élaborés en Asie, mais ce n’est pas forcément une réalité…
En effet, la crise Covid a véritablement mis en lumière cette grande dépendance à une production de médicaments à la fois éloignée et très concentrée dans certaines zones du monde.

Au sein de ce paysage mondial, Sanofi a une position très atypique, disposant d’une production européenne unique, avec trente usines en Europe et dix-huit en France. Notre stratégie industrielle a permis de conserver sur le territoire une capacité de production, des savoir-faire uniques, un outil qui doit rester compétitif pour servir l’international, même si nous sommes également présents dans d’autres zones du monde, comme aux États-Unis ou en Asie.

Sanofi a su maintenir en Europe une production de principes actifs au sein de ces usines, ce qui est extrêmement important. Cela permet de disposer sur le territoire européen de toute la chaîne du développement des produits de santé dans son ensemble.

Le virage de la transition écologique ne réussira qu’à condition que les territoires réussissent aussi à le décliner à leur niveau.

La souveraineté sanitaire paraît aujourd’hui être une priorité, afin de sécuriser les approvisionnements en médicaments. Il faut le voir comme une opportunité, tout en veillant à renforcer la coopération des pays, coordonner les politiques de santé et les politiques industrielles… Il faut que s’installe une chaîne de coordination afin d’aligner les mécanismes d’incitation entre les différents niveaux, européens, nationaux ou régionaux.

Faire des industries de santé une filière stratégique, inscrite et déclinée dans les plans territoriaux est une évidence qu’il s’agit maintenant de concrétiser, notamment par les stratégies d’innovation, avec des dispositifs comme les fonds FEDER. Cette nécessité que l’on voit émerger va peut-être permettre de réorienter des objectifs et des intérêts publics des territoires vis-à-vis de ces industries.

 

Est-ce que Sanofi envisage le recours à la relocalisation ?
Nous portons en effet un projet, EUROAPI, répondant à cette double attente de la sécurisation des capacités de production et d’approvisionnement, et du rééquilibrage de la forte dépendance du secteur pharmaceutique à l’égard d’autres zones du monde. Nous avons proposé de rassembler les activités commerciales et de production de six sites européens dédiés à ces fameux principes actifs pharmaceutiques dans une seule entité. Deux de ces sites sont sur le territoire français, à St-Aubin-lès-Elbeuf en Normandie et à Vertolaye dans le Puy-de-Dôme. Ces sites disposent d’expertises qui compléteront ceux de 4 sites basés en Allemagne, en Hongrie, en Italie et en Grande-Bretagne. Cette entité représentera trois mille deux cent salariés spécialisés, aura son siège en France et sera un leader européen du principe actif pharmaceutique – API. Son ambition est de permettre de renforcer la localisation des API stratégiques en Europe et de proposer des solutions industrielles pour d’autres acteurs du secteur pharmaceutique.

Un projet, EUROAPI, répondant à cette attente de la sécurisation des capacités de production et d’approvisionnement, et du rééquilibrage de la forte dépendance à l’égard d’autres zones du monde.

L’annonce d’EUROAPI a été faite en février 2020, juste avant l’arrivée en France de la crise Covid-19. La proposition de Sanofi de constituer un pôle des principes actifs pharmaceutiques a rencontré un intérêt évident. Et c’est valorisant pour les savoir-faire de nos territoires.

Nous avons également récemment annoncé des investissements en France pour renforcer nos capacités sur le territoire. À Neuville-sur-Saône, pour la production de futurs vaccins et à Sisteron en chimie fine.

 

Pouvez-vous préciser la mobilisation de Sanofi, dans cette crise de la Covid-19, notamment à l’échelle des territoires ?
Depuis le début de la crise, Sanofi et tous ses collaborateurs sont bien-sûr extrêmement mobilisés pour assurer la continuité de la mise à disposition de nos médicaments pour les professionnels de la santé sur l’ensemble du territoire. Cela signifie de maintenir une continuité dans la production, dans la distribution, et de pouvoir répondre à l’augmentation de ces besoins. Tous nos sites ont évidemment continué de fonctionner, les équipes tertiaires continuaient d’assurer leurs fonctions en télétravail… Cela a véritablement été une mobilisation générale.

Concernant la recherche, Sanofi s’engage sur deux technologies : un vaccin avec adjuvant à base de protéine recombinante, en partenariat avec GSK, et un autre à ARN messager, en partenariat avec Translate Bio. Le premier est le plus avancé dans les phases de recherche, et sa production mobilisera trois sites en France, à Vitry-sur-Seine pour la fabrication de l’antigène, à Marcy l’Etoile, pour la formulation, le remplissage et le suivi qualité, et à Val-de-Reuil en Normandie pour la distribution.

Notre réseau industriel en région est également mis à contribution, et propose sa capacité de production pour d’autres vaccins anti-Covid. Marcy l’Étoile, que je citais, fera les dernières étapes du vaccin Johnson&Johnson, et notre site de Francfort collabore avec nos voisins allemands sur le vaccin BioNtech/Pfizer.

 

Peut-il y avoir, pour le bénéfice des pays les moins avancés sur la problématique du vaccin, la possibilité d’une aide à l’organisation ou à la réalisation du système de vaccination ?
Sanofi est partenaire historique de l’alliance Gavi, et nous contribuerons au mécanisme Covax, avec deux cent millions de doses du vaccin à base de protéine recombinante, pour assurer son accès au plus grand nombre. C’est réellement la mission de Covax et de l’alliance Gavi : mettre autour de la table les besoins et les capacités de production. Sanofi a toujours fait partie de ce tour de table, dans le but de mutualiser ces initiatives pour les répartir en fonction des besoins sur la planète.

Propos recueillis par Didier Raciné
Rédacteur en chef d’Alters Média

Crédit photo Collaborateurs sur le site Sanofi Pasteur de Marcy-L’Étoile : @Sanofi Pasteur/Vincent Moncorge

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