Trame de questions 
Jeremie Ballarin, co fondateur de Wanted Community

 

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Wanted Community est une communauté d’entraide crée en 2011 rassemblant près d’1 million de personnes en France et à l’étranger (440 000 à Paris et 125 000 à Bordeaux). Elle se fédère autour de 82 groupes Facebook géolocalisés et lieux de vie sur Bordeaux.
Comment fonctionne Wanted Community ? Quels types de conseils et d’aide sont échangés entre les membres ?

(…) les membres puissent faire appel à une communauté de confiance, bienveillante, qui va pouvoir leur apporter son aide, les mettre en lien avec un réseau, un peu comme l’on pourrait le faire avec ses proches, mais au sein d’un cercle très étendu.

L’idée de Wanted Community, c’est vraiment que les membres puissent faire appel à une communauté de confiance, bienveillante, qui va pouvoir leur apporter son aide, son avis, les mettre en lien avec un réseau, un peu comme l’on pourrait le faire avec ses proches, mais au sein d’un cercle très étendu. C’est la raison d’être première de ce projet. C’est quelque chose que l’on a d’abord fait autour de nous, nous avons créé une petite communauté d’amis, qui s’est étendue aux amis d’amis pour finalement prendre la dimension assez folle que nous avons aujourd’hui : on se retrouve à avoir des réponses, du soutien, à tisser un lien réel avec des personnes qui habitent souvent la même ville parce que nous avons souhaité créer des communautés localisées mais qu’on ne connait ni d’Eve ni d’Adam. Finalement, ces actions d’entraides et de conseils sont des prétextes pour les membres, il s’agit en réalité de recréer du relationnel dans nos vies, d’échanger, d’être moins seul et de se sentir entouré !

En quoi votre communauté en ligne diffère-t-elle de ce qu’on pourrait retrouver sur Facebook ou sur un forum, par exemple ?

Je pense qu’on se trouve justement à la lisière entre un forum et presque un moteur de recherche, mais avec une vraie dimension communautaire. Les membres ne sont pas anonymes, contrairement à ce qui se passe souvent sur les forums, on parle à des personnes qui sont bel et bien “réelles”, les réponses aux questions que l’on pose ne sont pas apportées par des algorithmes ou des robots comme c’est le cas lorsqu’on utilise Google par exemple. C’est aussi pour cela que notre projet a évolué et a fini par découler sur des endroits “physiques” avec les Wanted Café.

Justement, comment fonctionne la mise en place de ces lieux en réseaux que vous êtes en train de développer ?

Tout cela part d’un constat très clair sur l’isolement des personnes (…) La ville, qui est pourtant le lieu des plus grands rassemblements de personnes, génère beaucoup d’isolement et de frictions, et n’est plus à l’origine de l’agrégation des populations.

Nous avons créé le premier Wanted Café à Bordeaux dans le quartier Saint Michel, et on développe actuellement un projet de tiers lieu, Rado, aux Bassins à Flots sur un espace de 100 mètres carré que l’on a déjà ouvert de manière éphémère. On travaille depuis déjà un moment sur le Nord de Bordeaux, parce que c’est un endroit intéressant en termes de territoire et de populations. Tout cela part d’un constat très clair sur l’isolement des personnes : la Fondation de France a réalisé une étude il y a quelques années qui nous dit que 10% des français ont en moyenne trois à quatre conversations par an, ce qui est assez vertigineux. La ville, qui est pourtant le lieu des plus grands rassemblements de personnes, génère beaucoup d’isolement et de frictions, et n’est plus à l’origine de l’agrégation des populations. Les espaces urbains sont créés, pensés aujourd’hui dans une logique purement économique et commerciale qui a tendance à exclure le lien social et à mettre de côté les personnes en manque de pouvoir d’achat. La base des tiers lieux ou des lieux hybrides c’est justement une volonté de faire un contrepied à tout ça, et nous ne sommes pas les premiers à essayer de participer à cette dynamique. Avec Rado, on essaie de développer un espace tourné autour de l’art et de la culture avec des ateliers d’artistes, des expositions et des concerts, des évènements qui nous permettent de faire découvrir le lieu aux personnes qui habitent ce territoire, aux riverains, pour le construire avec eux. Nous communiquons en ce moment avec des acteurs autour de l’alimentation durable, de la formation, de la réinsertion, du réemploi etc. afin de nourrir ce projet.

Vous êtes actuellement cinq salariés au sein de votre société. Comment fonctionnez-vous sur le plan économique ?

(…) l’on peut très bien avoir un impact social, développer une dynamique solidaire tout en étant une société de bien privé.

Nous mettons à disposition de marques ou d’organisations l’audience de nos communautés, et on attend en échange de ces marques qu’elles s’engagent sur des actions solidaires.

Notre modèle économique se porte aujourd’hui sur le développement de nos différents lieux, qui sont exploités par des SAS. Nous sommes donc bien une structure commerciale et c’est important pour nous de montrer que l’on peut très bien avoir un impact social, développer une dynamique solidaire tout en étant une société de bien privé. En second lieu, nous fonctionnons avec des partenariats avec des entités assez différentes qui viennent chercher à la fois de la visibilité et les valeurs que l’on porte. Cela s’apparente à des opérations commerciales comme peuvent pratiquer les influenceurs sur les réseaux sociaux par exemple. Nous mettons à disposition de marques ou d’organisations l’audience de nos communautés, et on attend en échange de ces marques qu’elles s’engagent sur des actions solidaires. Nous avons par exemple réalisé un partenariat avec l’office de tourisme de Bordeaux, en faisant gagner des City Pass à la communauté de Paris, afin qu’ils puissent venir visiter la ville. Nous avons demandé que sur les 4000 pass distribués, 500 soient réservés à des personnes en situation de précarité sur Bordeaux pour qu’eux aussi puissent bénéficier des transports et de la culture, des musées, sur place. Notre partenariat avec le groupe mutualiste Harmonie Mutuelle nous a permis de faire fonctionner le Wanted Café pendant la durée du confinement et de servir 600 plats aux personnes à la rue. Nous venons également de faire deux opérations avec l’agence de biomédecine et Santé Publique France, sur le mois sans tabac notamment, en faisant de la sensibilisation auprès de notre communauté. Ce système de partenariat va nous permettre à terme d’être indépendant. Nous avons eu jusqu’à présent l’appui financier de Facebook puisque nous avons eu la chance d’être lauréat en 2018 d’un de leur appel à projet.

Dans le cadre du prix SME* EnterPRIZE créé cette année par le groupe Generali, le comité scientifique du concours a désigné 7 « Sustainability Heroes » dont Wanted Community par ailleurs déjà primée en juin dernier lors des trophées français. Que vous a inspiré cette reconnaissance de votre volonté et de votre capacité de créer du lien social ?

Nous ne sommes pas une association mais bel et bien une société comme les autres. Intégrer ces questions sociétales de solidarité, d’écologie aux problématiques de son entreprise est aujourd’hui, selon moi, une question de bon sens, même de survie tout simplement.

C’est forcément plaisant pour nous de voir que notre travail est reconnu, et c’est aussi important de voir des grands groupes comme Generali, ou même l’opérateur immobilier Keys avec lequel nous travaillons sur les Bassins à flots, s’intéresser à notre modèle, à toute cette dimension d’économie sociale, aux entreprises “à impact”, dont on parle de plus en plus. Avec Wanted, nous montons des projets de façon assez classique finalement, et nous ne voulons pas avoir de statut particulier. Nous ne sommes pas une association mais bel et bien une société comme les autres. Intégrer ces questions sociétales de solidarité, d’écologie aux problématiques de son entreprise est aujourd’hui, selon moi, une question de bon sens, même de survie tout simplement. Ce prix que nous avons remporté nous a fait réfléchir à nos motivations, aux raisons premières de la mise en place de ce projet, et nous fait réaliser l’importance d’un mouvement global, général, dans la direction d’une entreprise plus responsable.


Propos recueillis par Didier Raciné 

Rédacteur en chef d’Alters Média 

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